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jeudi 3 février 2011

L’ŒUF.

                                 

         Planchette, accroupie sur le bord aigu d’un morceau d’arbre déchiré, regarde dans le ruisseau, les yeux perdus dans le vague, absente.
         Soudain, un grand bruissement d’aile, une déchirure dans le plastique bleu du ciel, suivis immédiatement de la violente pression  d'une tornade, la font sursauter et lever les yeux. Pâlissant d’angoisse, elle voit une grande aile lourde, blanche, épaisse comme un gros drap de coton amidonné planant à quelques centimètres de sa tête.

         Elle aurait dû s’y attendre ! C’était joué d’avance…Et pourtant, Planchette s’est davantage rapprochée du ruisseau aux eaux sombres, qui l’attire bien qu’il lui fasse peur.
Elle se plaît à penser qu’un jour elle plongera. Mais il lui faudra pour cela beaucoup de courage.
Elle y est tombée une fois, mais l’expérience a été décevante, parce que justement, elle est mal tombée : il existe un sens pour tomber dans le ruisseau. On s’y perd ou on y nage.
Quand on peut en ressortir, il est un peu dur de s’y replonger.
Mais la grande aile amidonnée, chaque fois, se trouve là pour la semoncer. Elle vient, de plus en plus près de ses cheveux, réduisant l’espace, et la force à retourner en arrière. Elle dit, elle dit
-« c’est reculer pour mieux sauter ».
Planchette, pas dupe, sait très bien de quoi il retourne :
-« C’est par jalousie, elle me met en couveuse : c’est l’amour ».
Elle a beau tempêter et se débattre, toujours la grande aile la presse et l’oblige à rentrer.

Mais cette fois-ci, une idée maligne vient à l’esprit de Planchette : sautant sur ses jambes qui commencent à se dérober, elle arrache une plume de neige et s’enfonce dans les eaux noires qui s’étalent à ses pieds.

Cette fois, la grande aile lourde, blanche épaisse comme un drap de coton comprend que Planchette ne reviendra pas…
Marion Lubreac

















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